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Archives du mois : juin 2019

Menfin! – la réponse francophone à Netflix, Disney+ et Apple . Avec un peu d’Europe, de Canada et d’Afrique à l’intérieur.

La nouvelle plateforme de streaming pour enfants réunissant les chaines francophones de France, Belgique, Canada et d’Afrique lève 1,2 milliards d’euros.
La nouvelle plateforme de streaming pour enfants réunissant les chaines francophones de France, Belgique, Canada et d’Afrique lève 1,2 milliards d’euros.


#Anticipation

Alors qu’on y croyait plus France TV, TF1, M6/RTL TVI, Mediawan, Canal Plus, RTBF et Radio Canada ont annoncé le lancement d’une plateforme commune de streaming, regroupant l’intégralité des contenus pour enfants co-produits ou achetés par ces chaines.

Adapté à l’age de l’utilisateur, les contenus iront du pré-school aux « jeunes adultes ».

Financée en réallouant les budgets jeunesse existant, mais aussi par des prises de participations supplémentaires de la part des partenaires privées (TF1, M6, Mediawan, Canal…) et enfin via des « matching funds » type BPI, l’entité a de quoi soutenir ses (grandes) ambitions.


Un financement innovant

A son lancement la plateforme ne comportera que les contenus prévus dans les accords actuels de diffusion de rattrapage/FVOD (et SVOD pour les droits venant de TFOU etc…). A terme c’est bien une plateforme réunissant les contenus de ce « 2 eme plus gros « producteur » d’animation au monde » qui viendra rivaliser avec Netflix, Disney + et Apple.

Sur la France, les chaines participeront à la hauteur de leurs investissements annuels dans l’animation soit 64,9 Millions d’euros (dont 7 en achat de droits) – sans préciser pour l’instant leurs investissements dans la fiction jeunesse.

Le CNC et le Fond d’Innovation pour l’Image de la BPI viendront abonder le budget annuel, de respectivement 45,8 et 13 millions d’euros.

Sur le Canada, le Fond des Medias du Canada va dédier 15% de son budget réservé aux productions francophones soit 14 Millions de $CA (9,4 M €) pour enrichir la plateforme des productions effectuées sur le territoire. C’est Radio Canada qui jouera le rôle de curateur des projets, accompagnée d’autres chaines québécoises en cours de sélection.

Le FMC apportera également sur les 5 prochaines années 100% de son budget dédié aux productions expérimentales destinées aux enfants. Soit annuellement 5,5 millions de dollars (3,6 M €)

La communauté francophone de Belgique réunissant les fonds Wallimages, Screen Brussels, et la Rtbf précise en ce moment les montants alloués avec le gouvernement en formation. RTL TVI de droit Luxembourgeois verra son abondemment apporté par M6.

Pour l’Afrique ce sera le redéploiement des ressources de TV5 Monde et son extension pour enfants TIVI5Monde+, mais aussi de Canal Overseas qui permettra de rapidement déployer la plateforme dans une version plus légère.

Europe Creative, le programme Européen ne pourra se positionner qu’après débat européen, décalant leur décision au budget 2026.

Avec un budget approximatif de 1,6 milliards d’euros à son lancement la plateforme espère ainsi pouvoir s’établir rapidement comme la référence du divertissement « non américain » pour enfants, même si elle est consciente que son véritable positionnement reste à créer.

 

Une opportunité de marché

Ces annonces font suite aux alertes financières, relayées par la presse, concernant le taux d’endettement du leader Netflix.

En effet, certaines études tendent à montrer que le marché bonifie la valeur d’une action de toute hausse de nouveaux abonnés. Ainsi en moyenne l’étude de Bernd/Skiera conduite sur 1500 sociétés montre qu’une progression de 10% du nombre de clients à un impact de +15,5% sur la valeur de l’action (USA). Chez Netflix l’impact sur la valorisation est encore plus fort.

C’est cette même valorisation de l’action et par extension de l’actif de la société, qui permet à la société de négocier auprès de ses créanciers.

Netflix, avec 1,1 milliards d’investissement dans l’animation prévu en 2020 et un endettement supplémentaire de 2 milliards sur 2019 est à un point de basculement.

Fin 2019 la société devrait atteindre un ratio d’endettement/capital de 1.80.

L’arrivée de Disney + et Apple, sans considération de la domination actuelle de Netflix va clairement infléchir sa croissance d’utilisateurs. Selon le model de Bernd/Skiera sa valorisation va donc baisser, sa capacité à s’endetter fondre, et la pression de ses actuels créancier s’accentuer.

Les 15 milliards qu’elle a investi en 2019 dans les contenus et les 2,9 en marketing seront de plus en plus durs à financer.

L’annonce de la création de la plateforme européenne arrive donc au moment où les cartes se rebattent et ou la volatilité des abonnés va être plus forte. L’industrie du divertissement par SVOD arrivent donc à la maturité qu’a connu dans un autre genre les opérateurs de téléphonie mobile : « Voici venu le temps de la rationalisation » est le leitmotiv des dirigeants de cet joint venture.

 

Une volonté de créer un leader du secteur… mais pas que.

Plus qu’une simple mutualisation des budgets, la plateforme européenne sera l’avant-pont de l’innovation dans le secteur. Par des partenariats stratégiques avec les structures les plus innovantes ou l’acquisition de jeunes pouces à la valorisation encore raisonnable, l’ambition de Menfin! sera de proposer à ses jeunes utilisateurs le meilleurs du divertissement. Du dessin animé personnalisé via des start ups comme ToonYou, aux simples histoires narrées comme le fait la PME Lunii, ou via des expériences dans le monde physique et les loisirs créatifs comme PandaCraft, la plateforme veut appréhender le divertissement selon une vision Pan-européenne… qui a vu naitre l’imprimerie, le cinéma, le dessin animé et même l’internet. Techniquement elle reprendra également les innovations développées pour la plateforme okoo de France Tv.

Le consortium mise sur la puissance de son « reach » pour reprendre le terme cher aux publicitaires. En effet, via l’accessibilité de leurs chaines TNT historiques, et l’annonce probable du prolongement de chaines linéaires comme France 4, la plateforme aura une capacité à exposer les contenus qu’elle invitera à retrouver en streaming.

Ce sont aussi les régies publicitaires des groupes médias associés qui auront enfin la possibilité « d’enbaser » ces familles spectatrices autrefois majoritairement inconnues des outils de mesure d’audience classique.

Menfin! aura une équipe de data scientists qui permettront, en respect de la RGPD et d’une interprétation libre de ce qu’est la loi COPPA aux USA, de qualifier ses spectateurs.

La gratuité partielle de la plateforme permettra aussi de toucher instantanément une population très large. Avantage stratégique face aux concurrents full-payants.

Pour cela les chaines publiques laisseront leur catalogue accessible gratuitement à leur public (Géo-bloqués pour respecter les cessions de droits par territoire) l’offre payante de la plateforme reviendra aux partenaires privés. Cependant pour que le partenariat reste équilibré les partenaires publiques seront les percepteurs majoritaires pendant les 10 premières années des retombées publicitaires venant de l’exploitation de la base de données qualifiant les foyers-spectateurs. Ces données seront exploitées pour de la publicité en ligne et « on air », en dehors de la plateforme, pour respecter les règles des diffuseurs publiques en matière d’exposition publicitaires des plus jeunes. Les simulations budgétaires de ce flux de revenu n’ont pas été précisées.

C’est donc via un sursaut salutaire, que le meilleur de l’Europe du divertissement mais aussi du Canada et de l’Afrique va se doter d’un environnement dédié à sa jeunesse.

« M’enfin, ça va pas la tête » se serait esclaffé, en français dans le texte, Reed Hastings, patron de Netflix … et fan de Gaston.

Apple et Disney n’ont pas souhaité commenter. Même si un énigmatique « Sacre Bleu » a été tweeté puis effacer par un dirigeant du groupe aux grandes oreilles.

Didier Paul

#CeCiestUneFictionBusiness

 

Sources budgétaire:

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Netflix 1.1 billions in animation in 2020 https://decider.com/2019/04/02/netflix-investing-hard-childrens-programming/

Quand on a une progression de 10% de clients la valeur de son entreprise augmente de 15,5%

https://www.researchgate.net/profile/Bernd_Skiera/publication/236742292_Linking_Customer_and_Financial_Metrics_to_Shareholder_Value_The_Leverage_Effect_in_Customer-Based_Valuation/links/00b7d53b44f37d4766000000/Linking-Customer-and-Financial-Metrics-to-Shareholder-Value-The-Leverage-Effect-in-Customer-Based-Valuation.pdf

fonds BPI innovation 13 millions par an

https://www.cnc.fr/documents/36995/153434/Recherche+et+innovation+en+audiovisuel+et+multim%C3%A9dia+RIAM+-+Bilan+2014-2016+Projets+retenus.pdf/becb6a6f-d452-0cdc-26e4-39d23cd78456

 

CNC 45,8

https://www.afca.asso.fr/ressources/documents/1/5cf11f4-2516-Le-marche-de-l_animation-en-2017-1.pdf

 

Canada 5,5M pour l’innovation kids https://cmf-fmc.ca/getattachment/615afdb6-0b07-4e6f-bf5d-a25c00be6192/Breakdown-of-the-Program-Budget.aspx

https://ec.europa.eu/digital-single-market/en/news/european-animation-plan

Netflix Debt to Equity Ratio 2006-2019 | NFLX

https://www.macrotrends.net/stocks/charts/NFLX/netflix/debt-equity-ratio